A l’heure de la surconsommation des photos de soi publiées un peu partout dans une tentative de partage, de likes, de course à la superficialité entre égocentrisme et narcissisme.
A l’heure où l’image est créée, publiée, likée et oubliée aussi vite dans un essai d’exister aux yeux des autres.
Nous en oublions la force d’un portrait photographié qui se résulte par un mélange mystique de préparation, de technique d’expression et d’improvisation.
Pourtant le selfie est bien un autoportrait. Mais un autoportrait est-il un selfie ?
Si ressemblant et si différent.
Autoportrait
Dans l’art, sculpture, peinture, vidéo, photo, on apprend en testant sur nous même. Certains pensent à égocentrisme – dans une vaine tentative de rabaisser plus qu’à comprendre. Nous devenons tous un jour notre propre modèle, pour laisser une trace de notre enveloppe terrestre, tester des techniques spécifiques, se mettre à la place du modèle pour tenter de le comprendre, mais aussi c’est un modèle toujours disponible. Un exercice loin d’être simple à exécuter, nombre d’artiste se cache beaucoup plus derrière leur œuvre –moi la première ; valorisant le modèle avant leur talent.
Quand cela touche un autoportrait ce n’est pas que se représenter physiquement mais se représenter tel qu’on se voit, notre âme plus ou moins torturée, une recherche psychologique, une attitude qui restera gravé pour l’éternité.
L’autoportrait est une recherche sur soi, ce que l’on veut montrer ou cacher, une mise en scène travaillée, réfléchie. C’est une séance entre l’artiste et lui/elle-même où l’on peut poser la question, peut on séparer l’humain de l’artiste ?
Nous prenons la place du modèle, portant ses baskets quelques instants, afin de pouvoir les guider au mieux. En restant dans la photographie, nous avons autant de difficultés à choisir la photo qui nous valorise, nous rassure, nous représente, traquant chaque défaut, complexe nous sommes aussi durs envers nous que le modèle se voyant au travers les yeux d’un autre.
Nous nous voyons à travers nos yeux, certes, avec une distance plus ou moins lointaine, révélant tout la complexité humaine, ses fragilités et ses forces. Se montrer est un exercice aussi difficile que poser pour un photographe.
Selfie
Image destinée à attester d’une présence, d’une situation éphémère. Témoignage voir preuve irréfutable d’avoir été à tel endroit, vécu telle chose. Il y a aucune recherche esthétique, de cadre dont l’arrière plan (quand bien utilisé) est important et le visage n’est que la preuve de l’authentification. Une forme de vérité, ‘je te jure, j’y étais’, alors qu’auparavant le simple fait de faire la photo prouvait sa présence. La faute aux réseaux sociaux et IA où une défiance croissante, fake news et artificialité des émotions prônent. Passant par les filtres sophistiqués au point de figer un visage sans défaut, sans vie, pour répondre à une norme impossible à tenir, souvent patriarcale, prônant le plus jeune que jeune, les copies sans inspirations de bouche en cul de poule qui devient une grimace au lieu d’un sourire sincère.
On cherche plus à faire des vues, des likes pour se valoriser, tombant, dans ce cas précis, dans un narcissisme incontrôlable.
Certes, certain.es ont compris quelques règles de base de la photographie qui peuvent donner des idées originales aux photographes. Tandis que d’autres essaient vainement de les imiter. Donnant de selfies en contre plongée avec une déformation ou une plongée qui montre plus son front que son visage. Sans oublier la notoire perche à selfie au point de penser que le monde doit graviter autour d’eux pour avoir THE photo. Ou encore des cadrage douteux avec comme copain le bidet, la poubelle, le poêle à bois ou le frigo qu’on retrouve sur les sites de rencontre pour tenter de pécho une donzelle.
Une même photo, copiée collée, rendant les personnes uniformes, sans personnalités, sans défaut, sans caractères. Tout le contraire d’un humain. On range dans des cases, en les poussant à rester dans ces cases : trop parfaits, trop binaire, technologiquement froid, reflétant une vie soi disant tellement parfaite, enviée, sans prendre en considération tous les sacrifices ou les peines de l’individu.
Oubliant que la photographie est avant tout pour émouvoir, nous faire réfléchir, nous aide a déchiffrer ou à faire évoluer le monde si complexe.
Remise à zéro
Et si on réinventait le selfie par un autoportrait plus travaillé, moins superficiel, rendant la différence en normal et le normal en beau.
Levons les yeux de nos écrans pour observer les humains qui nous entourent. Comme un photographe qui observe son environnement avant de choisir de déclencher.
Revenir à faire une photo qui dit ‘j’y étais puisque je l’ai prise’. ‘J’existe par moi-même’ et ‘tu as l’honneur de partager mon univers que j’ai crée’.
Garder en mémoire des jours précieux pour un souvenir véritable.
Sandy,
Photographe indépendant,
Pro-autoportrait.

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