Replonger dans le passé pour comprendre le présent.
Histoire de famille
Par mon grand-père, qui tenait ce lien avec la photo de son père – décédé quand mon grand-père avait 3 ans. Mon arrière-grand-père, Léon, photographiait au moyen format, développait et tirait ses propres photos, il y a cent ans.
Il m’est parvenu deux de ses appareils et quelques photos : mon grand-père bébé (la mode de l’époque était bébé nu sur le ventre en gazouillant) des photos de sa maison de campagne – qui a été ensuite la maison où j’ai grandi en banlieue. Et beaucoup de photos de ses dernières années de vie, passées majoritairement avec ses compagnons d’armes, dans un sanatorium, malade du à la première guerre mondiale, au savoir de son fils, comme ambulancier notamment. Sans oublier les autoportraits en format 6×9 cm (de retour à la mode) dont le visage est cadré dans un ovale. Un cadre dans un cadre. Je garde précieusement une partie de son matériel de développement comme des petites cuves, seringues, négatifs et porte négatifs. Lorsque je les manipule c’est avec émotion et admiration.
Mon grand-père était moins investit mais adorait faire des photos avec un appareil photo très basique, un compact 24×36. Lors de ses vacances, c’était l’objet qu’il glissait en premier dans son sac.
Un jour, il m’a acheté pour les vacances, vers mes 7 ou 8 ans, un appareil photo jetable. Miss Catastrophe que je suis, il n’a jamais osé me confier son appareil. Il me conseilla de prendre en photo tout ce qu’il me plaisait. J’étais assez limitée avec des pellicules de 24 ou 36 poses, tellement je voulais tout photographier. Puis on déposait ensemble les négatifs chez le photographe qui nous rendait les photos en positifs. J’ai toujours été intrigué de savoir comment on passe du négatif au positif.
Pendant dix ans, j’avais ce rituel, pendant les vacances de faire des photos. Et j’avais le droit en dehors des vacances dès que j’ai eu mon chien. Toutou qui avait peur de l’objectif qui bougeait quand je suis passée au numérique.
Plaisir ou métier
En 4ème, il fallait faire un choix de carrière : j’hésitais entre le maquillage de cinéma, toiletteur et évidemment …la photo. En 3ème, un stage dans un salon esthétique m’a rendu malade : allergie à certains produits malgré la nature bio des produits. Toiletteur ne m’attirait pas vraiment. Reste la photo ! Sans soutien du collège ni de mes parents, le premier affirmait je n’avais pas le niveau scientifique, les deuxièmes pensaient ce n’était pas un métier, l’école trop loin. J’ai été obligé à suivre une formation de secrétariat qui ne me disait rien du tout. Pourtant la passion de la photo ne m’a jamais quitté malgré la réticence et autres reproches de mes parents. A 20 ans, grâce à la mission locale de ma ville, j’ai reçu une aide financière pour m’aider à payer les cours de CAP photo.
Vivre cacher
Pendant deux ans, j’ai dû batailler, me planquer, économiser, me mettre en danger, (un jour j’en parlerai peut être en détails), chercher des stages et étudier durement pour réussir. Et quelle victoire ! J’ai continué à me battre pour trouver des stages. Malgré mes recherches, je n’ai jamais pu trouver une alternance pour poursuivre pour le baccalauréat. Assez compliqué quand une société qui a du mal avec les femmes, les jeunes, les doubles cursus, la photographie et l’art en général.
J’ai bossé pour acheter du matériel. J’ai lu, testé, essayé, mis de côté. Un jour, j’ai rencontré un amoureux qui m’a proposé de me lancer plus sérieusement en posant pour moi. Ça été un déclencheur. J’ai repris très sérieusement la photo.
Passion
Depuis, malgré la rupture, un changement de ville, un boulot prenant loin de la photo, je n’ai jamais lâché l’appareil.
C’est vital. Un coup de déprim’, une envie, un voyage, un besoin. Après un shooting avec un modèle (ceux qui se passent bien !) ou une séance de paysage, un apaisement m’envahit. Un bien être. Les problèmes s’envolent (sauf quand ça marche pas comme je veux !)
Soyons clairs, c’est un shot de dopamine, de sérotonine, d’endorphine, d’ocytocine qui se propage dans le corps ; à l’instar du sportif ou de galipettes : une jouissance.
Je me crée une bulle de créativité, où l’imagination est déployée. Mes sens sont multipliés. Je ressens tout ce qui entoure l’objet photographié, l’environnement. C’est assez compliqué de comprendre si vous n’avez pas ce taux de passion.
Je suis là où je dois être, à ma place, vivant, profitant à fond de l’instant T, invincible, sans avoir cette impression de prendre mon temps avec des futilités.
Lorsque je retouche les photos, je me replonge dans l’endroit, à ce même instant T, me rappelant des détails insignifiants pour le commun des mortels. Tout comme lors de visionnage des photos.
Apparemment dès que je parle photo, j’ai les yeux qui pétillent.
Je pense que cette réaction ne peut se simuler et veut dire beaucoup.
Aujourd’hui j’en ai fait mon métier, je galère, mais je ne regrette pas.
Je suis dans l’incompréhension quand on ne respecte pas ma passion et mon métier.
Jauger l’implication
Je m’investis dans chaque projet photo, j’essaie d’être à l’écoute, de rendre le shooting un moment agréable et humain, en répondant à la demande du client. Trop souvent je m’implique beaucoup trop ce qui déséquilibre l’aventure. J’ai beau me le reprocher, mais je ne peux pas faire autrement, je m’investis corps et âme, c’est tout ou rien. J’attends de la part des personnes, un respect et une bienveillance. C’est pourquoi aussi, je demande une implication de la part du modèle et à son niveau (échange, feeling, respect) pour ne pas avoir à porter à 100% ce projet qui est impossible à gérer quand le modèle ne mets pas du sien. C’est une relation professionnelle et artistique entre deux personnes : je pense c’est plus sympa quand tout le monde est investi.
J’aime partager ma passion avec le client. Quand le partage n’est pas accepté, j’ai l’impression n’être qu’un objet.
Parfois, je m’implique tellement que cela devient une charge mentale trop lourde à porter. Me retrouver à tout gérer, deviner les informations avec une étoile de mer à gérer (pas l’animal marin !) c’est absolument inintéressant, voir cela n’est plus une passion, mais devient à cet instant un travail pénible émotionnellement.
Et si j’ai le malheur de ne pas m’impliquer le client me le reproche !
Une drogue
Oui la photographie est une passion dévorante. Du point de vue financier, en temps. Entre les apprentissages et les essais de photos. Parfois, il faut plusieurs dizaines de photo pour en avoir une ! Non ! LA photo !
C’est aussi une passion qui nous ouvre les yeux sur le monde, sur les gens sur les détails. Nous devenons plus attentifs, nous développons une mémoire photographique. Nous sommes plus sensibles à certains comportements. Nous voyons le monde différemment, sous un nouveau prisme.
Nous sommes souvent dans la lune, toujours planqués derrière notre appareil, pensant photo, regardant comment la lumière, les couleurs, les ombres réagissent. Bougeant dans tous les sens pour voir le point de vue différemment. Nous n’aimons pas les mensonges, les faux semblants, car nous photographions la réalité, celle que nous percevons ou telle qu’elle est vraiment. Nous figeons un instant de vie éphémère pour le prolonger pour l’éternité.
Nous sommes les témoins de ce monde. Nous laissons une part de nous-même sur l’image.
Etat d’esprit
C’est dans notre sang, c’est une manière de vivre, de vibrer, de ressentir la vie et son coté éphémère car nous savons mieux que tous qu’une lumière existe et peut s’envoler en une seconde, comme la vie après tout.
Notre matériel est aussi précieux que votre compte bancaire, votre portable, votre doudou, votre sweat préféré ou votre grigri.
C’est notre oxygène, notre plat préféré, notre besoin, notre identité, notre liberté.
Oseriez-vous avouer votre passion ?
Marmotte,
Amoureuse.

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