Métro, boulot, dodo
Pendant des années, j’ai vu Paris comme un lieu de travail. Comme beaucoup de banlieusards. Une grosse ville fourmillante, stressante, dynamique. J’ai rêvé d’y vivre, pourtant. Très rapidement. Encore mon grand père qui me l’a présenté d’abord dans son quartier d’enfance, le VIè, puis les halles, Montmartre, la Seine.
Je n’ai jamais vu Paris comme une tare, mais comme une ville chargée d’histoire, chargée de personnalité, chargée de vie. Venant d’une banlieue pavillonnaire où tout est fermé à 18h30, je voyais la vie continuer, après les horaires de bureau. Quel plaisir de se poser à une terrasse sirotant un verre en happy hour quand j’ai eu enfin la possibilité d’en profiter.
Je me suis battue pour avoir ma tanière de 14m², vue sur mur, dans une rue semi-piétonne. Aujourd’hui, je vois Paris, telle qu’elle est.
Pff… Paris
Pour aimer Paris, il faut prendre le temps de la connaître. Pour la connaître, il faut arrêter de courir, lever les yeux du smartphone, ouvrir un livre de l’histoire de Paris. La découvrir sous son vrai jour : observer les monuments. Flâner dans ses squares. Dans ses ruelles moyenâgeuses, ses avenues bourdonnantes. Ressentir les murs chargées d’histoire – la grande comme la petite. Ce sont des pavés, des colombages, des maisons colorés, des hôtels particuliers, des quartiers populaires et bourges, mélangeant toutes catégories CSP dans le même immeuble.
Qui est Paris ?
Paris changent de visages, différentes ambiances, des drames aux joies, juste en traversant une rue. Paris vit au rythme du brouhaha des bars et des manifestations. Paris psalmodie les paroles de n’importe quel dieu. Paris affiche sa sexualité. Paris s’habille à la mode : du Titi parisien, racaille, PDG, pute, punkette, écolière, daddy se croisent et recroisent, dénichant son déguisement dans une friperie ou les boutiques de luxe, enviées du monde entier.
Paris est rebelle. Paris est chic. Paris se mélange. Paris court après son métro, marche vite dans la rue. Paris est bizarre. Paris se cultive. Paris travaille de nuit, dort le jour. Et inversement. Paris, eldorado des apprentis artistes. Paris étudie. Paris souvent gris et sale. Paris se satisfait d’une petite surface, en rêvant des lofts spacieux.
Paris est elle râleuse ? Paris s’exprime. Paris dénonce. Paris dénote. Paris lutte. Paris se bat. Paris est fière. Paris se soulève. Est-ce la définition de la râleuse ?
Paris connaît son quartier. Fréquente des coins secrets loin du tourisme. Paris connaît toutes ses richesses qu’elle montre au monde. Paris fait ses courses dans ses commerces de quartiers. Paris se déplace à vélo – en oubliant le code de la route ! Paris est bobo. Paris respecte sa ville. Paris veut du vert, des animaux, des arbres. Paris veut aussi son cinéma, son centre sportif, ses marques nationales et internationales dans le même lieu. Paris se repère grâce à son phare, sa Tour Eiffel.
Paris connaît le métro. Paris monte vis-à-vis de sa descente. Paris sait se placer dans la rame, afin de ne pas gêner les autres voyageurs. Paris scrolle ou lit sans oublier sa station. Paris se maquille entre Bastille et Concorde. En basket, Paris a ses talons dans son sac. Paris n’est pas pressée, elle est énergique.
Aux beaux jours, Paris est la première à prendre l’apéro entre amis sur les bords de Seine. Ou à une terrasse, qu’importe la température, pour se rencontrer, s’aimer, rompre, travailler, supporter, fêter un événement anodin ou exceptionnel.
Chargée d’histoires
Quelle tristesse d’entendre un parisien d’être blasé par Paris – un défaut.
Avec mon appareil photo, je joue à la touriste pour la redécouvrir. Je lève les yeux. J’ouvre mes chakras. Et je photographie ce que beaucoup ne voient pas. Ne voient plus. Je lis les plaques commémoratives, je vais sur les traces des rois. De la st Chapelle, adossée au tribunal de Paris au Louvre, où les rois ont bâti leur pouvoir. A la conciergerie, où des milliers de gens sont condamnés injustement dans des conditions inconcevables, pour leurs convictions. A la Concorde, je ressens la foule qui scande « mort aux royalistes », à la révolution et sa Terreur. A la Bastille, je suis les courbes de sa prison. A châtelet, à dissocier des Halles, je crois encore entendre les gémissements des torturés. A st Denis, la porte, rappelle une des entrées payantes dans la ville. Les ponts tiennent debout malgré leur âges : en marchant aujourd’hui sur leurs trottoirs à ciel ouvert, jadis, c’était des habitations et boutiques. Sur le parvis de l’hôtel de ville, je vois De Gaulle adulé, ou Ravaillac écartelé.
De Montmartre à St Germain des Prés, je croise les âmes errantes se Sartre, De Beauvoir, Utrillo, Picasso, Pissaro, Renoir, Van Gogh, Clémenceau, Dalida, Manet, Monet. Sans oublier Zola, Hugo, Balzac, Maupassant, Chopin, Sand. Ceux qui ont fait de Paris un poumon artistique et culturel. Je contourne les rues où les bordels étaient autorisés. J’essaie difficilement d’imaginer les étudiants suivant des cours sous l’arbre le plus vieux de Paris – aujourd’hui tombé. La Bièvre coulante à ciel ouvert. La girafe s’enrhumant au jardin des Plantes. Des champs à perte de vue dans le 13è, 17è ou 20è. La cour des miracles à la cité, les bains publics où les amants se retrouvaient et les contrats se signaient. Les déchets balancés depuis les étages directement dans la rue, la rendant glauque et dangereuse. Le cimetière mêlant les femmes s’enfermant dans des minis prisons pour se punir de tous les maux du monde. Les rats qui sortent des Halles. Les abattoirs du 15è et 19è arrondissement. Les morts tragiques fantasmées ou vécues, comme Baudin tué sur une barricade pour apprendre aux parisiens comment un député « savait se faire tuer pour 25 francs par jour ». Qui serait capable de le faire parmi nos parlementaires cachées dans un ancien haut lieu du libertinage ou la maison de la batarde du roi.
Se demander à quoi pouvait ressembler les bonnes sœurs accueillants les vieilles filles, divorcées ou autres sorcières, dans les couvents réhabilités en école, en logements sociaux ou en bâtiments administratifs. Visiter des monuments emblématiques construits par la volonté et la force des bras sans ordinateur et encore moins d’IA.
Sans parler de tous ses quartiers revisités ou sauvegardés.
Moi, maire de Paris
Rassurez vous, je ne suis pas assez politique pour ça. Comme beaucoup, j’ai mes opinions.
Moi, maire de Paris, plus aucun véhicules particuliers circuleraient dans le cœur de Paris (1er au 6ème arrondissement) sauf les bus, voitures de secours, voitures de livraison, taxi qui demanderont une autorisation de circulation. Avec les cyclistes respectant le code de la route, en respectant les autres citoyens qui partagent l’espace public. Les seuls prioritaires : les piétons.
Moi, maire de Paris, les quais de Seine seront de vrais poumons : arbres, pelouse, potagers partagés, terrains de sport, aire de pique nique, aire pour les enfants qui sauront ce qu’est une biquette, un mouton et une vache. Une mini plage pour bronzer et prolongera la baignade dans la Seine, lire, exposer, jouer aux échecs, tables et chaises pour travailler, se restaurer, discuter, pistes de danse, magasins bio et autres guinguettes.
Moi, maire de Paris, les biens immobiliers seront réhabilités pour être éco-responsables : récupération d’eau, panneaux solaires, tri de tous les déchets dans chaque immeuble et autres isolations qui s’adaptent aux changements climatiques.
Moi, maire de Paris, tous les parcs pourront accueillir des zones pour les animaux où ils pourront gambader en toute sécurité.
Moi, maire de Paris, les TPE et artistes seront mis en valeur dans des locaux adaptés à leurs besoins.
Moi, maire de Paris, Paris deviendrait une ville qui bouge, jour comme nuit, respectueuse de tout.es, en sécurité et propre.
La ville s’adapte à notre présent, préparant son avenir sans supprimer son passé.
Paris laisse encore une trace dans l’histoire en accueillant des JO. Avec une nouveauté, une cérémonie d’ouverture, non pas dans un stade mais sur le fleuve.
Espérons qu’en accueillant le monde, nous serons exemple du ‘vivre ensemble bienveillant’.
Paris est multivers : par son histoire, sa culture, ses religions, son ouverture d’esprit, ses idées.
Je ne me vois pas vivre ailleurs, pour l’instant. Si je quitte Paris, cela sera pour vivre face à la mer, dans le Sud ou en Bretagne.
J’aime cette rumeur dans la ville, cet anonymat.
Paris est si belle. Aimons notre ville.
Marmotte,
Parisienne d’adoption

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