Mon modèle préféré

modèle

Février, c’est le mois de l’amour, avec sa St Valentin. Nul besoin d’être en couple pour déclarer sa flamme. Les guides de développement personnel à la mode, nous apprennent, nous conseillent de s’aimer. Soi. Logique quand on y réfléchir un peu. Nous ne pouvons pas aimer une autre personne si nous ne nous aimons pas. Comment une autre personne peut nous aimer si nous même nous ne nous aimons pas, nous même ?

La photographie, et en particulier dans mon approche, permet cela. (Re)Apprendre à s’aimer. Nous sommes dans une nouvelle ère où nous apprenons, découvrons que son amour amical ou amoureux, peut être aussi envers plusieurs personnes dans une vie, voir même en même temps.

Pour ceux qui me connaissent vraiment, oui ceux qui ont eu la chance de percer un peu ma solide carapace – je vous rassure, y a un cœur fragile – je ne me livre pas aussi facilement. J’adore les films romantiques (je vous conseille le dernier, sortie en janvier 2024 (à la date de l’écriture de ce post : Tout sauf toi.) J’adore aussi me moquer des déclarations dégoulinantes d’amour.

Je ne livre pas facilement mes sentiments. Je suis entière : quand j’aime, c’est franc, violent, sincère. Quand je déteste, c’est franc, violent, sincère et quand je suis indifférente c’est un silence glaçant. Ici je vais me livrer à un exercice très complexe, déclarer mon amour professionnel à un de mes modèles. Oui professionnel, je vous l’ai dit l’amour à plusieurs visages. C’est un coup de cœur artistique que j’ai mis (trop) de temps à voir, le timing et moi, ça fait trois ! Un coup de cœur, un amour, quel qu’il soit, il faut réussir à le voir, à s’ouvrir, à l’accepter, à le comprendre.

Rappel des faits

En 2020, je faisais des shootings pose contre photos afin de pouvoir travailler ma photographie. Il m’a contacté pour un shooting. Dès la 2ème réponse, une forme d’explication sincère de sa démarche m’a touché. Son corps en pleine transformation : il avait perdu beaucoup de poids et se forgeait un corps musclé. Il voulait le mettre en photo. Après deux ou trois autres questions, je lui fixe un rdv. En attendant la rencontre, je lui ai quand même demandé trois fois son prénom. Il ne s’est pas offusqué ou en tout cas, ne me l’a pas reproché. Fait rare.

On se rencontre. Je place le contexte : période covid, entre les deux confinements, un bar sur deux ouvert un jour sur deux ! Evidement je n’ai pas vérifié que mon spot préféré était ouvert. A 13h, j’arrive la première et découvre porte close ! Monsieur me prévient qu’il est en train de chercher une place. A son arrivée, je vois un homme qui est habillé décontracté, marchant en clopinant, rappelant un peu comme une racaille des années 2000 où c’était la mode (cliché ? non aucun ! il n’est pas non plus en jogging mais en jean !)

Je souris tout en me disant ‘qu’est-ce que ce mec !’ On se salue et lui propose un restau de la rue, ouvert. On s’installe. Je ne suis clairement pas à l’aise. Non pas à cause de lui. La table est mal située, on est quasiment cote à cote. Il est timide. Ça tombe bien moi aussi ! On commande tout en discutant du shooting où il me confie un peu de sa vie. Vous n’en saurez pas plus, vous avez eu les grandes lignes principales. Mais cela me rassure (surtout quand c’est sincère et vrai). Cela me permet de cerner la personnalité et d’essayer de le comprendre. D’apprendre à le connaitre. Il me confie ses complexes, ses envies, ses craintes. Je lui propose quelques idées. Le rendez-vous se termine.

Premier shooting

Quelques jours plus tard, le rdv pour le shooting est calé. C’est dans un studio photo. Il y a un autre modèle prévu juste avant. Mes repères dans le studio sont inexistants. Cela faisait 10 ans que je n’avais pas mis les pieds dans un studio photo. Sortie totale de zone de confort ! Rajoutez dans l’équation, un bel inconnu, le problème est plus complexe. Je précise : le début du shooting est heureusement habillé. Mais il se change devant moi, ce que j’ai vu de ses photos sur le réseau social où nous avions discutés sont vraies. Je bug totalement. Je ne sais plus où je suis, ce que je dois faire, comment le faire ! Waouh, quel corps ! L’a-t-il vu ?

Quelques minutes d’adaptation, on reste focus, on se comporte comme une pro ! Puis il s’effeuille, plus un lien, un feeling, se crée. Il est à l’aise devant l’objectif, me propose des poses de mannequin professionnel. Ah mince ! L’heure est finie ! Heureusement, j’aurai fait comment s’il retire son boxer ? Waouh !

Il s’excuse en partant car il a un rdv sportif mais m’assure qu’il a passé un bon moment. A la post prod, le choix des photos est complexe. Il y en a tellement, beaucoup de très bonnes, j’ai le temps de découvrir son corps, ses lignes. A l’époque, je n’étais pas dans l’idée de faire des rencontres intimes. Trop le bordel dans ma tête.

Deuxième shooting

On est ce soir d’octobre, celui que le président nous annonce un deuxième confinement. Pendant que nous essayons de trouver un endroit calme sur les quais de Seine. Croyez-moi, c’est juste… impossible ! Nous avons quand même pu trouver un spot éclairé mais pas trop, où pendant 45 minutes, lui nu ou presque, de nuit, peu animé, un poil froid et totalement illégal, rajoutez à la problématique son corps de dieu grec, mon cervelet bug encore.

Je perçois un lien qui se créer. Même si l’expérience était une première, un peu décousue, j’ai vraiment adoré, un dernier verre où encore deux timides se rencontrent, la discussion peut être assez complexe, mais quelque chose passe.

Troisième shooting

Chez lui. Fruits, chantilly, chaine. Assez dangereux ce shooting. Je n’étais pas tout à fait en forme et j’ai des tabous. J’étais assez perdue : j’avais un comportement dont je n’ai jamais eu avec aucun homme : pour ne pas gâcher la chantilly, je l’ai mangé ! Oui, oui, directement, sur son corps. Non ! Mais ce n’est pas du tout pro, tout ça ! Aurait-il pu avoir plus ? Je ne sais pas ! Pour plus j’ai besoin de retour, d’un geste, d’un accord de la part du partenaire pour me rassurer, pour continuer. Je ne l’ai pas vu. Je ne l’ai pas eu. J’aime le jeu du chat et de la souris, mais il faut le répondant et l’inversement des rôles. Peut-être lui. Peut-être moi. Je ne l’ai pas senti. Mais quelle expérience !

Quatrième et cinquième shooting

De l’huile pour le corps pour sublimer les muscles. Qui se sacrifie pour l’étaler sur son corps d’athlète et en profite largement ? Oui, oui, moi ! Et apparemment ça ne lui déplait pas ! Et des chaines ! Un homme dominant, un homme et son chat – belle bête avec son caractère –  un homme en tablier.

Entre temps

Nous allions à des soirées apéro-photos (je vous en ai déjà parlé dans d’autres articles). Malgré les verres de vin, je me rappelle qu’on a fait deux ou trois photos sur lesquelles j’ai posé avec lui (oui, oui, j’avais dit plus jamais ! quoiqu’avec un partenaire ! WTF ! Que m’arrive-t-il ?) Et de papouilles, beaucoup de papouilles, une question restée sans réponse, des conversations équivoques (dû à l’alcool ?) et un failli roulage de patin dont je me suis défilée (oui, je sais, je vous l’ai dit je ne suis pas douée !)

Sixième shooting

J’invite un autre homme photographe (marié à un homme – l’information a son importance !) qui voulait tenter l’aventure de la photo de nu. Oh mon Dieu ! Des chaines, du rouge à lèvres sur le corps du modèle avec des bisous, c’est qui, qui s’y colle, à votre avis ? Si vous pensez à l’autre photographe – perdu ! Il est marié je vous rappelle ! – personnellement, ça ne m’aurait pas déplu !, des verres d’alcool et des clopes. Les effluves des deux, et je me retrouve sur les épaules du modèle ou derrière le modèle mais devant le photographe – Oh mon Dieu ! Je ne vous cache pas que c’était assez agréable et rigolo !

Note à moi-même : habille-toi mieux, ma chérie ! Christina Cordula, sort de ma tête ou… non aide-moi ! Aussi au moment de reprendre le train pour rentrer, le photographe me confie qu’il le trouve plutôt mignon ! Grand sourire.

Septième shooting

Là, une dessinatrice et un dessinateur nous rejoignent pour le shooting : un projet de photo et dessin. Où là, mais ça me pensait qu’il faudrait peut-être que je les recontacte pour savoir le résultat. Déjà une troisième personne, c’est complexe à gérer, mais deux autres, c’est beaucoup. Ils sont pourtant très gentils. Mais pour moi et mon côté sauvage, c’est beaucoup d’émotions à analyser. Encore une nouvelle sortie de zone de confort, une expérience intéressante.

Modèle préféré

Quentin est devenu mon modèle préféré au fur et à mesure des shootings et du résultat des photos. Un vrai plaisir de travailler avec lui, sur ses photos, parfois assez compliqué de rester concentrée. Oui, j’ai un cœur sous ma carapace ! Quel corps ! Quelle attitude ! Quel charisme ! Quel jeu. Parfois je lui proposais une idée, c’était souvent un délire. D’abord non, puis une hésitation puis ok, sans que j’essaie de le convaincre – enfin peut être inconsciemment ! Avec mes yeux de cocker !

Un ressenti ? Un lien ? Une envie ? Un feeling ? Une confiance ? Je ne peux pas croire qu’il n’y a pas un mélange de tout ça, entre nous. J’ai conscience que c’est quelque chose de rare, d’éphémère, de précieux.

Pour ceux qui se demandent, qui fantasment sur le fait qu’il y a eu dérapage. Je suis au regret de vous avouer aucun dérapage. Mon envie de déraper est arrivée très, trop tard. Ce n’est pas dans mes principes de coucher avec les modèles. Et le peu d’expérience que j’ai eu, ce n’était pas franchement une réussite.

Son envie ? Je ne sais pas, j’ai déjà du mal à gérer mes émotions, alors ceux des autres, je ne peux l’affirmer avec certitude. On n’en parlait pas franchement, derrière un humour ou entre deux portes. A aucun moment, il m’a prise entre quatre yeux en m’avouant cette envie. Car oui, j’ai besoin de ça pour me rassurer. Tout comme la communication, à prendre à connaître l’autre autrement. Mais je ne regrette pas, je préfère le garder comme modèle que de tout mélanger et perdre un amant et un modèle.

Quelle suite ?

Quelques mois après le septième shooting, il m’apprend qu’il souhaite faire une pause dans les shootings, reportant un projet de shooting photo à la plage très hot, car il a trouvé l’amour.

Evidemment ça a blessé mon petit cœur de verre. Tous mes projets, idées photos envolées.

Une nouvelle tentative a été proposée quelques mois plus tard, restée en standby.

Avec son accord, j’utilise ses photos pour promouvoir mon travail. Vous pouvez le retrouver sur certaines communications, portfolio, site, réseaux et aussi l’image mise en avant de cet article. D’autres seront utilisés pour un projet en cours de réalisation.

Remerciement

La première fois que j’ai vu ce bad boy (cela lui convient mieux) je n’aurai jamais imaginé qu’on aurait fait autant de shootings, ni devenir mon modèle préféré et avoir cette forme de complicité artistique.

Quentin est un homme inspirant, joueur, à l’écoute, timide qui sait se révéler quand il le faut. Si j’ai pu l’aider à reprendre confiance en lui, en son corps, en son sex appeal, ce qui l’amène à vivre une belle histoire d’amour, j’en suis fière.

Mille mercis à toi, Quentin.

Marmotte,
Troublée

Team photo by Sandy

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