Réformer

carcassonne ; vue ; remparts

Il y a quelques semaines, je vous ai partagé un triste constat de l’état du métier de photographe en 2024.

Entre statut non adapté, débarquement de l’IA, méconnaissance du métier par les clients, tarifs et commande au plus bas. Ce n’est clairement pas la joie.

Heureusement, on fait ça parce qu’on aime notre métier.

Personne ne ferait ce métier si ce n’est pas par passion. On tient bon uniquement parce qu’on aime photographier, graver l’instant décisif, présent, une émotion. Parce que si la passion s’en va, il n’y a plus d’intérêt. Aucun.

Etre indépendant, c’est cooool !

Oui, c’est cool. On a le luxe d’être libre, de fixer ses prix, ses horaires de travail quand on veut, si on veut. Ne soyez pas jaloux, cette liberté nous prive de beaucoup de luxes que les salariés ont comme les congés payés, la sécurité de l’emploi (plus ou moins relative mais qui existe), l’arrêt maladie, retraite, chômage, salaire net fixe.

Si nous voulons avoir des congés (je dis congés, pas partir en vacances – qui sont deux notions différentes : on peut être en congés sans avoir les moyens ou vouloir partir en vacances.) Nous devons choisir le moment le plus propice comme une activité au plus bas. Par exemple, un photographe de mariage ne prend pas ses vacances en mai (saison haute) mais en janvier (saison basse). La température de l’eau même la Méditerranée française n’est pas la même en mai qu’en janvier !

Nous avons créer notre emploi, certes, nous faisons nos horaires, voir plus qu’un 35 heures. Parfois jusqu’à 70 h par semaine. Mais nous ne sommes pas garanti de gagner de l’argent suite à ce travail. Car nous sommes rémunérés uniquement si nous vendons une prestation. Toute la partie administrative, comptable, juridique, post prod, l’affinement de notre offre, veille, communication, marketing, c’est du travail mais nous sommes peu ou pas rémunérés.

En parlant rémunération, même si vous êtes au SMIC, vous savez que vous recevrez par mois, tous les mois, 1400€ environ. Nous, non. On peut en janvier gagner 1 000 €, en février gagner 200€, en mars 500€ en avril 990€ et ainsi de suite. Les factures, loyer, crédit, courses sont les mêmes que les votres. Vous, vous pouvez clairement anticipés. Nous, on a du mal a bouclé les fins de mois.

Voici un cri du cœur : s’il vous plait, arrêtez de demander de faire des collab’ et refuser de payer les photographes,  de ‘réfléchir’, de ghoster, de payer en visibilité. Un ou deux par an, c’est normal. Plus c’est de l’irrespect du métier. Contacter uniquement un photographe si vous êtes sur.es, vraiment sur.es de vous, d’avoir un budget réel. Les sites web des photographes sont présents pour comparer les prestations et donc tarifs. On est 25 000 en France. Il y a au moins un qui est dans votre budget.

Je parlerai, plus tard, des raisons du prix parfois élevé d’un shooting.

Arret maladie, retraite, chômage. Etudiez votre bulletin de salaire. Vous voyez les lignes incompréhensibles avec des tarifs plus ou moins élevés, ce sont ces charges salariales qui financent en cas d’accident de parcours ou de retraites. Sans elles, vous seriez bien embêter sans revenus. Ce que nous, nous risquons.

Imbroglio administratif

Un photographe peut être artisan, artiste (auteur) photojournaliste. Nous pouvons créer une micro entreprise mais sans pouvoir facturer des droits d’auteur (les auteurs vivent principalement des droits d’auteur). Mais quand on est auteur, on peut être soumis à la TVA, or la micro a été créer pour la implication doc nous nous ne sommes pas tous soumis à la TVA. Et encore moins quand on n’a pas besoin de récupérer sur les fournitures !

C’est bon, vous suivez ?

Pour avoir le statut d’auteur, nous devons entrer dans des cases très précises pour être affiler à la sécurité sociale des artistes. Je ne suis pas encore assez au courant pour expliquer toutes les cases.

Mais un photographe qui est auteur peut facturer des droits d’auteur n cas de vente de photographie mais si le photographe fait aussi des prestations shooting, il ne peut pas facturer ses droits d’auteur puisqu’il n’est pas artiste mais artisan et donc en micro. Le code de la propriété intellectuelle nous rappel que le droits d’auteur peut être facturé puisque nous pouvons vendre des photos dans pouvoir les utiliser (tout en gardant la paternité des photos par d’autres droits d’auteur) et si nous ne les utilisons pas, nous pouvons demander une compensation financières (les droits d’auteur). Je sens que je vous perds. Ne vous inquiétez pas, moi-même, la première fois, j’ai du relire trois fois les paragraphes pour comprendre.

Bizarrerie de l’administration !

Heureusement, nous pouvons cumuler le régime de la micro et l’affiliation à la sécurité sociale des artistes. C’est un peu comme avoir deux boulots !

Mais… si on est sur les deux statuts, cela veut dire deux fois plus d’administratif. Bien souvent incompréhensible, qui prends du temps sans oublier notre phobie administrative et donc du temps en moins pour faire notre métier.

Tout comme la déclaration par mois (ou trimestre – plus pratique par mois – pour ne pas oublier une déclaration) a plusieurs organisme. URSAFF, France Travail, CAF. Seuls 15% vivent bien de leur métier (soit plus de 3000€ par mois) quelle perte de temps ! Environ une heure par mois. C’est peu me direz vous. Combien de temps vous passez à déclarer vos impôts par an ? 12 heures ?

Une idée de réforme

Parce que c’est bien de râler, c’est mieux de proposer.

Je ne suis pas politique. Je n’ai pas tous les chiffres et tous les cas de figures.

Cependant un peu de logique et de réflexion, juste pour tenter de sauvez notre métier.

  • Intégrer tous les statuts de la photographie dans les intermittents du spectacle. Aujourd’hui seuls les photographes de plateau sont intermittents. Nous aurions alors un accompagnement spécifique via France Travail. En sachant que justifier 507 heures de travail par an est assez compliqué. La création est un processus long : recherche, tests, exécution, finalité : une photographie peut être faite en une heure comme en plusieurs jours. Nous devons alors réfléchir à comment justifier et mettre en place une base de confiance. Ce statut est en cours de réflexion/création au parlement français et européen.
  • Quand nous voulons créer une micro entreprise (quelque soit le métier) une prise en charge financière par une formation d’un organisme indépendant et précis dans le programme des cours, devrait nous être imposé où tout sera exploré : administratif, juridique, comptable, rencontre avec d’autres professionnels en place, marketing, communication et spécificité. Les stagiaires seraient regroupés par catégories de métier (un artiste n’a pas les mêmes besoins qu’un restaurateur ou un libraire). Cela existe peut être mais j’en ai jamais eu vent.
  • Une prise en charge financière par France Travail pour passer un diplôme type CAP, Bac pro, BTM, BTS, licence pro pour se (re)former. J’avais fait une demande dans une école de photographe pour un bachelor (10 000€ l’année), la directrice m’a confirmé de la prise en charge par France Travail n’est pas accepté « parce que c’est pas un vrai métier ! »
  • Une prise en charge toujours par notre cher France Travail pour intégrer des réseaux professionnels type BNI, au moins la première année.
  • Dès qu’on a créé notre entreprise ou notre statut, être suivi par un agent France Travail dédié et compétent sur les entreprises. Car oui, c’est aussi le rôle de France Travail d’avoir ce rôle d’accompagnement auprès des entreprises. Et oui une micro est une entreprise à part entière.
  • Ce qui amène à la possibilité d’inscrire sa micro chez France Travail, uniquement pour la visibilité. Par exemple : avoir une belle photo sur un CV a plus d’impact qu’une photo prises sur la plage en 2016 ! qu’en pensez-vous ? aussi où se retrouvent les demandeurs d’emploi ?
  • Avoir une visibilité de tous les organismes qui sont susceptibles de nous aidé et qu’ils répondent à nos questions. Je devais être accompagné par un « dispositif d’accompagnement personnalisé » j’ai posé trois questions sur le contrat d’engagement, je n’ai eu que mépris et ghosting : très professionnel cet accompagnement !
  • Pouvoir facturer nos droits d’auteurs sans être à des affilées à d’autres organismes parce que nous serions tous affilier de fait.
  • Ce qui découle sur ce point : un site et uniquement site : de la création à la fermeture, déclaration de notre CA tous les mois, une seule et unique fois, qui distribue l’information à toutes les administrations (ursaff, France travail, caf, retraite, assurance maladie, mutuelle, impôts) tout en regroupant sur ce site, tous les sites concernés. Si nous avons une question nous nous connectons au bon interlocuteur. Et avoir un humain qui répond personnellement (par de réponse automatique) aux questions.
  • La facilité et la possibilité de cumuler des heures salariées et micro sans être pénalisé, ni jugé, ni empêché par l’entreprise employeur. Cela nous garantira un salaire fixe même 500€ et notre entreprise.
  • Pour les personnes qui touchent le RSA, les 15 heures obligatoires ne sont pas obligatoires mais conseillées ou remplacée par des formations qui nous intéressent.
  • Et enfin avoir un soutien de la part des clients : le bouche à oreilles, payer les photographes, les soutenir sur les réseaux sociaux, dans la vie réelle, reconnaître le travail du photographe et le respecter comme n’importe quel métier.

Oui ! Photographe est un métier… en sursis.

Sandy,
Ministre !

Team photo by Sandy

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