Il faut sauver le métier de photographe

carcassonne ; lumière

Depuis sa création, ce métier a été détesté, boycotté, dévalorisé, idéalisé.
Il est un des rares à être à la fois passion et métier.

« On doit prendre conscience que c’est notre patrimoine qui est en danger. »

Parce qu’on a créé notre emploi en artiste ou en artisan ou plus rarement en photojournaliste nous sommes victimes de cette forme de jalousie : nous avons cette chance d’exercer un métier qui nous passionne donc on pense que nous ne méritons pas de gagner de l’argent, d’être rémunéré tout simplement et encore moins à sa juste valeur.

D’autres métier comme médecin (la vocation) ou agriculteur (héritage) ou pâtissier (passion) sont quand à eux bien intégré et valorisé. Alors pourquoi pas photographe ?

La constations de cet article de blog est basée sur une enquête du CLAP publiée dans le réponses photo d’avril 2024.

Cassons les idéalisations

Les témoignages des photographes sont sans appel sur l’avenir du métier. Nous avons un avenir incertain, fluctuant, nous vivons dan une précarité constante car d’un mois à un autre notre rémunération peut faire les montagnes russes, voir même être nul. L’enquête ne peut même pas déterminer avec exactitude la rémunération moyenne d’un photographe) Les vacances sont à peine envisageables.

Dès la création de notre entreprise, notre statut est complexe. Rien ce que proposition l’administration français comme statut n’entre dans notre métier particulier : suivant le type de photo, la structure administrative (libéral, auto entreprise, salarié, artiste) nous pouvons dépendre de plusieurs ministère. Seulement depuis 2018, la photographie est représentée au ministère de la culture.

Nous sommes obligés de jongler entre plusieurs statuts. Les femmes préfèrent le statut le statut d’auto entrepreneur – qui reste un statut très précaire (CA de moins de 7 000€) dont 34% ne dépasse les 5 000€ par an.

Malgré tout ce statut très plébiscité (pour sa simplicité et allégement administratif. Un photographe peut être artisan, artiste, journaliste. D’ailleurs un tiers des 25 000 photographes cumulent plusieurs statuts. Quand d’autres doivent cumuler deux emplois comme formateur, iconographe ou technicien de labo, quand le 2ème emploi n’a rien à voir avec le 1er métier de photographe. Ce double emploi mène à une usure psychologique fragilise encore plus le métier. Si le 2ème emploi est à temps plein ou à 80%, cela nous laisse peu de temps a faire notre métier principal. Que pense quand c’est une femme qui doit élever en plus ses enfants (solo ou à deux), quand la charge mentale ne veut/peut pas être prise par le compagnon.

« Nous préférions vivre de notre métier plutôt que de survivre »

Et non ce n’est pas une revendication affichée sur un tracteur mais celui d’une photojournaliste. Un quart ne gagne même pas l’équivalent d’un RSA par leur activité (pour une femme sans enfant est de 525€.) Leur moyenne de revenu serait estimé à 416 €. Vit on avec 416 € ? Rajoutons la nouvelle loi RSA qui impose 15 h dans une autre structure prise sur notre temps de travail de photographe ce qui veut dire moins de temps à consacrer à notre travail pour tenter de sortir de la précarité !

  • Seul 7% bénéficie du RSA, comme beaucoup de français.e, nous ne réclamons pas nos droits, surtout si nous sommes en couple et que le conjoint.e gagne un salaire.
  • 16% perçoivent un RSA activité : RSA qui complète nos revenus. Dont le chiffre fluctue suivant les mois et basé sur une grille forfaitaire assez opaque. Si nous touchons plus, nous percevons moins, voir nous devons même rembourser les trop perçu alors que notre salaire a peut être baissé entre temps ! Encore quelques chiffres effrayants : (avant ou après impôts, cela n’a plus vraiment d’importance, vu les chiffres !)
  • 19% gagne entre 10 et 20 000 € par an soit entre 233€ et 1660€ par mois ;
  • 9% gagne 40 000€ par an soit environ 3 300€ par mois ;
  • 3,5% gagne 60 000€ par an plus de 5 000€ par mois.

Les hommes gagnant environ 1 400€ (soit environ un SMIC) tandis que les femmes gagnent 400€ de moins. Quelle égalité !

Agrandissons par statuts qui gagnent si bien notre vie :

  • 42% des auteurs gagnent moins de 830€ par mois, brut ;
  • 5 % des auteurs gagnent plus de 5 000€ par mois, brut ;
  • 52% des auto-entrepreneurs gagnent moins de 850€ par mois, brut ;
  • 24% des photojournalistes ou artisans gagnent en moyenne 15 000€ par an, soit 1 250€ par mois.

Productivité, temps, argent

La déflagration de la rémunération des photographes a commencé avec l’arrivée du numérique début 2000, avec un virage qui n’a pas été anticipé.

A cette époque, un photographe passait les deux tiers de son temps à faire de la photographie. Aujourd’hui c’est un tiers, le reste du temps, plus d’administratif, de  communication, marketing via notamment les réseaux sociaux.

Depuis 2017, tous les secteurs de la photographie sont touchés : la presse n’achète plus les clichés, des forfaits bas des banques photos sur le net, les musées ne payent plus quand ce n’est pas qu’ils refusent de payer les photos. et les structures qui rémunèrent bien se sont alignées sur les tarifs minimaux.

Nous devons faire une pédagogie auprès des particuliers mais aussi, plus dramatique, auprès de tous les professionnels, même du spectacle pour se faire rémunérer.

Nous ne vivons pas d’amour et d’eau fraiche

« Le numérique (NDLR : sans oublié la généralisation d’un accès à l’image sur le web sans oublier l’arrivée de l’IA qui va encore tout basculer) a entrainé dans l’esprit des clients une notion de gratuité », un artisan.

« Sur le plan culturel, la plupart du temps, on me réclame la gratuité ce que je refuse, lorsqu’il y a un budget, il est souvent microscopique mais j’accepte malgré tout parce que c’est je peux diffuser mon travail personnel », un artiste.

La diffusion sur le web pénalise les photographes, qui ne respecte par les droits d’auteur, impossibilité de tracer les photos, l’utilisation gratuitement et son tag (la célèbre réplique : ‘je paye en visibilité’.)

Un photographe auteur : « dans les années 2010, je rencontrais aucune difficulté à facturer 1 000€ la journée dans une PME. Aujourd’hui, je peine à faire accepter 500€. »

« Le justificatif de publication dans la presse n’est plus la règle et disparaît peu à peu. » Sans ce justificatif impossible de contrôle la publication et son format. Plus le format est petit, moins est payé le photographe. Plus une photo est publiée, plus le photographe est rémunéré.

Les commandes baissent, les tarifs aussi !

La post prod n’est pas ou plus rémunéré, alors que c’est un poste à part entière et prend du temps.

« Le temps passé et la rémunération est dichotomique »

Quelques exemples concrets :

  • Pour une exposition (et lorsque celle-ci est dans un cadre de représentation) la rémunération prévue est 1 000€. Le travail effectué autour de l’expo : conception, scénographie, reproduction des tirages, accrochage, rédaction des différents textes dont la communication, le catalogue, les conférences, etc. toutes ces activités en plus, prennent du temps ne sont pas ou peu rémunéré.
  • Une couverture de livre, il y a 10 ans, était payée 450€. Aujourd’hui, c’est rémunéré 300€. Pour les pages intérieures, au vue du temps investi et le prix payé, les photographes vendent à perte.
  • Un reportage dans n’importe quel pays : prix du trajet, du logement, traducteur, bouffe, fixeur (personne intermédiaire qui accompagne le photojournaliste dans les pays à risques.) Le prix le plus bas est 4 000€. Son reportage sera acheté 2 500€ Il travaille donc à perte. Il y a 20 ans, nous pouvions le vendre à plusieurs magazines, aujourd’hui si on le vend à un magazine, c’est bien, peut être deux mais pas en France.
    Je rappelle juste que c’était le travail de Capa, Cartier Bresson, Lee Miller etc.
  • 69,25€ brut pour une commande d’une ou plusieurs photos pour 5 heures de travail pour un média.

Un peu d’espoir

1,37 millions d’euros : taille du marché de la photographie professionnelle en France en 2019.

Le métier se féminise de plus en plus, la majorité à moins de 10 ans d’expérience.

  • 54% des femmes diplômées en photographie ;
  • 62% des hommes diplômés pratique le métier ;
  • 60% des femmes diplômées en photographie travaillent dans un métier périphérique. Une minorité des femmes un poste à haute responsabilité.
  • 44% sont des femmes, 53% des hommes, 2% non binaire, ne se prononce pas.

Les syndicats et associations débattent à l’assemblée nationale pour une proposition de loi pour la continuité des revenus comme pour les intermittents du spectacle qui pourraient ouvrir le droit à percevoir une assurance chômage.

Le CLAP demande une revalorisation et une modernisation du métier et créer un statut à l’instar de l’intermittent.

Dans le tuyau international, une création d’un statut d’artiste auteur européen.

Où va donc la photo ?

C’est de la responsabilité de tous : clients, photographes, politiques, entreprise.

Pour tous les acteurs nous savons quelle puissance peut avoir une photo. Pour avoir ce résultat ce sont des compétences, de l’expérience, des idées, du temps que seule une personne formée, passionnée, heureuse peut le faire.

Soutenons les photographes en payant ta photo !

Sandy,
Militante

Team photo by Sandy

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